Une société de gestion s’offre la technologie d’un petit concurrent

Février 19, 2024 - 4 min à lire

 

Article paru dans 24 Heures et la Tribune de Genève.

Se faire conseiller par des algorithmes est devenu monnaie courante, ou presque. Exemple au travers de la fusion entre Pleion et Finstoy.

Pour ceux qui veulent faire travailler leurs économies en ligne, les néo-banques comme Selma ou True Wealth se sont activées à faciliter les investissements au travers de son smartphone. C’est le cas également de Swissquote, qui avait développé un outil automatisant le conseil en matière de placements. Ce robo-advisor, ou robot conseiller, ne court pas les rues. Seule Finstoy, une petite société lausannoise, a été autorisée à l’utiliser également. Elle a été absorbée par la genevoise Pleion, qui étend ainsi son offre vers le numérique. La FINMA vient de donner son accord à ce mariage.

L’intelligence artificielle suscite encore bien des fantasmes en matière d’investissements. Peut-on vraiment accroître sa fortune sans bouger le petit doigt? Démonstration dans les bureaux de Finstoy, à Lausanne.

 

Placements assistés

Désormais ancien CEO de son entreprise, Florian Schefer commence de façon très classique en posant des questions qui permettent d’établir un profil de risque. Puis, il intègre à la machine les secteurs que l’on souhaite investir ou, au contraire, exclure de la stratégie de placement. Favoriser les actions brésiliennes, exclure les fabricants d’armes, ou les favoriser, inclure les cryptomonnaies? Les options sont si nombreuses que la version en ligne de Swissquote avait été volontairement limitée. Mais avec un conseiller à ses côtés, le choix est plus facile.

Une fois validée, la machine se met en marche. Il lui faut tout de même quelques minutes de réflexion avant de proposer un portefeuille formé d’une quarantaine de titres. Si on le valide, les ordres d’achats seront tous passés automatiquement à la clôture des marchés. Le lendemain, on se retrouve propriétaire de tous les titres commandés. Une restriction toutefois: compter environ 250’000 fr. pour constituer un portefeuille d’actions en direct. En dessous, le système ne propose que des fonds et autres ETF.

« Le «robo-advisor» n’est pas une machine à gagner de l’argent rapidement. Certains portefeuilles font des performances décevantes mais, dans un marché sous tension, il ne prend pas de décision émotionnelle. »

Florian Schefer, cofondateur de Finstoy

« L’école traditionnelle dit qu’il faut varier son portefeuille en incluant des actions, des obligations, de l’or… L’algorithme, lui, ne voit que le niveau de risque d’un titre en fonction d’une multitude d’informations », explique Florian Schefer. Pour ce gestionnaire de fortune, l’apport des algorithmes est un vrai plus. Le gain de temps dans le passage d’ordres est évident.

 

Indispensables humains

Mais quelle est la véritable performance d’un robot? « Le robo-advisor n’est pas une machine à gagner de l’argent rapidement, prévient Florian Schefer. Certains portefeuilles font des performances décevantes mais, dans un marché sous tension, il ne prend pas de décision émotionnelle. » Il poursuit en relatant l’arrivée de la pandémie: « Le système a très bien réagi en vendant au bon moment. Par contre, il a pris trop de temps à relancer les investissements lorsque le marché remontait.»

Comme quoi, l’intervention humaine n’est pas près de disparaître sous la pression des algorithmes. Mais le métier a bien évolué, constate celui qui avait commencé sa carrière à Credit Suisse: « Il y avait alors une armada d’analystes et il fallait une semaine pour adapter la grille d’investissements d’un client aux conditions du marché. »

« Après avoir testé les hedge funds, les ETF… nous ajoutons à nos prestations la gestion algorithmique. »

Patrick Humbert-Verri, directeur des risques, Pleion SA

L’intégration de Finstoy, de ses trois employés et de son robot apporte du sang neuf à Pleion. Avec quelque trois milliards d’actifs sous gestion, la société de gestion de fortune née en 1980 s’offre au passage une présence à Lausanne, après Genève, Berne, Nyon, Sion, Verbier et Zurich. Son directeur des risques, Patrick Humbert-Verri souligne que Pleion SA avait déjà un biais technologique, elle qui développe à l’interne ses outils informatiques. « Finstoy est pour nous une opportunité, non seulement d’apporter une clientèle plus jeune, mais aussi d’ajouter une corde à notre arc, se réjouit-il. Après avoir testé les hedge funds, les ETF, etc. nous ajoutons à nos prestations la gestion algorithmique. »

Malgré ses aspects innovants, le conseiller robotisé est parti pour évoluer encore. Swissquote – qui ne propose actuellement plus son robo-advisor – et Finstoy comptent sur une nouvelle mouture cette année. Mais, pour le robot capable d’apprendre tout seul de ses erreurs, il faudra attendre encore un peu, estiment les deux associés.

 

Machine learning à Lausanne

À Lausanne, il existe toutefois une entreprise qui exploite pleinement l’intelligence artificielle. Le programme Cortex développé par Fundo est dédié à l’amélioration des placements des caisses de pension. « Cortex fait du machine learning et apprend en permanence », assure Jacques Grivel, fondateur et patron de Fundo.

Une prouesse qui lui permet d’afficher des rendements supérieurs aux indices, dont bénéficieront les retraités affiliés à la douzaine de caisses qui ont souscrit aux services de Fundo. Cette année, le gestionnaire lausannois compte s’ouvrir aux particuliers avec l’ouverture d’un produit de 3e pilier basé sur cette technologie.