PLEION SA - Gestion De Fortune

Stratégie d’investissement – janvier 2019

Rétrospective

Le dernier trimestre 2018 a été marqué par une phase corrective sur les bourses, particulièrement douloureuse en décembre. L’ensemble de l’année 2018 a vu la grande majorité des classes d’actifs enregistrer des performances négatives. Au contraire d’autres années difficiles, les US Treasury Bonds et l’or n’ont que peu joué leur rôle de protection.

Performances 2018

La guerre commerciale sino-américaine se prolongeant, les investisseurs ont commencé à anticiper un risque de récession en 2019. Le Sommet du G20 en Argentine a été décevant entre les tenants de la globalisation et du nationalisme/protectionnisme, et les supporters de la COP 21 et les climatosceptiques. Tout cela enrobé des tensions militaires entre la Russie et l’Ukraine. Donald Trump a concédé une relative pause dans la guerre commerciale avec la Chine en acceptant de ne pas augmenter les tarifs douaniers pendant 3 mois. Ce qui n’a pas empêché le Canada, sur ordre des Etats-Unis, d’arrêter la CFO de Huawei, une grande entreprise chinoise dans les équipements en télécommunication. Cette arrestation a remis en question le semblant de pause dans la guerre commerciale et a affecté négativement les marchés financiers. La guerre technologique, lancée par les Etats-Unis vis-à-vis de la Chine, n’en est qu’à ses débuts et elle est bipartisane (Républicains et Démocrates). En août, les Etats-Unis ont promulgué une loi interdisant à la Chine d’acquérir de la technologie américaine et d’être active sur le marché américain, sous couvert de la sécurité nationale.

Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis ont permis aux Démocrates de gagner la Chambre des représentants. Le Sénat reste en mains républicaines. Cette situation politique équilibrée au Congrès éloigne le risque d’un dérapage budgétaire. Donald Trump tient pour responsable le patron de la Fed, Jay Powell, de la chute des bourses à cause de la hausse des Fed Funds.

L’Europe est engluée dans la montée du populisme, le Brexit, le budget italien et le mouvement des « Gilets jaunes » en France. Un accord a été trouvé entre la Première Ministre anglaise Theresa May et l’Union européenne sur le Brexit, mais largement refusé au Parlement; la crise anglaise s’aggrave. Le budget italien de la coalition populiste/nationaliste 5 Etoiles et La Ligua ne répond pas aux critères européens. Mais engagé dans un bras de fer avec la Commission européenne, le gouvernement italien a lâché du lest en proposant de présenter un nouveau budget conforme aux règles européennes. En France, le ras-le-bol fiscal et la perte de pouvoir d’achat a engendré le mouvement social des Gilets jaunes. Le gouvernement a lâché du lest en augmentant le SMIC et en prenant d’autres mesures, mais une sortie de crise imminente semble compliquée. Le déficit budgétaire de la France pour 2019 devrait excéder les règles du Pacte de stabilité et de croissance.

Les Etats-Unis deviennent le 1er producteur mondial de pétrole, un changement majeur qui bouleverse la position dominante absolue de l’OPEP durant ces dernières décennies. La réunion de l’OPEP le 6 décembre a confirmé le rapprochement entre l’Arabie saoudite et la Russie. Même si les Etats-Unis ne peuvent pas lâcher l’Arabie saoudite, le 1er acheteur de matériel militaire US, l’assassinat de Khashoggi a refroidi les liens. Et pour la Russie, cet assassinat est une « opportunité » pour renforcer sa reconquête géopolitique.

Comme attendu, la BCE a maintenu ses taux directeurs inchangées et anticipe de les maintenir à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à l’été 2019. Elle mettra un terme à ses achats nets d’actifs en décembre et devrait intégralement réinvestir le montant des obligations arrivant à échéance même après avoir relevé ses taux. La réunion de décembre a clairement montré que la hausse des taux n’est pas imminente.

La Fed a annoncé en décembre sa 4ème hausse de taux en 2018. Mais avec les risques pesant sur la croissance et les marchés elle sera plus prudente en 2019. Il s’agit de sa 9ème hausse de taux depuis décembre 2015. Le message important est qu’elle ne prévoit plus que 2 hausses d’un quart de point en 2019, contre 3 à 4 auparavant. 2018 a été une excellente année pour l’économie, la production augmentant à son rythme le plus élevé depuis 13 ans et le chômage atteignant son plus bas niveau en 49 ans. Mais en 2019 de nouveaux obstacles économiques se matérialiseront. Les effets retardés de la hausse des coûts de financement – taux hypothécaire à 30 ans à 5% en moyenne – et un dollar fort constitueront une source de risque. Certains facteurs de soutien existent comme la vigueur du marché du travail, et l’augmentation des salaires. De plus, les indicateurs avancés, tels que les ISM, restent à des niveaux très élevés.

 

Stratégie et macro

Conjoncture US en très bonne forme, pour l’instant …

Les mesures de relance budgétaire dopantes adoptées par le Congrès des États-Unis en 2018 ont provoqué une forte impulsion. En réalité, la croissance américaine a largement dépassé son potentiel et l ’inflation s’est accélérée pour fleurter avec la zone de confort de la Fed à long terme, à savoir 2% +. La plupart des économistes doutaient qu’un a) un tel rebond (3,5%) soit possible et b) qu’il soit durable. La surperformance des États-Unis en 2018 repose essentiellement sur une très forte consommation intérieure, mais beaucoup moins sur une relance significative du cycle des investissements. Le cercle vertueux d’un investissement plus fort, d’une meilleure productivité et donc d’une croissance potentielle plus élevée ne s’est pas produit. Corporate America a privilégié l ’ingénierie financière. Dans ce contexte, les chances d’une croissance plus forte et durable, c’est-à-dire d’une sortie du régime de la Grande Modération, restent très faibles. D’autant plus que, selon la plupart des indicateurs avancés, un ralentissement conjoncturel est prévu pour 2019. Un environnement politique domestique chaotique, avec Washington pour épicentre, dissuadera les entreprises d’engager des investissements à long terme. En ce qui concerne l’inflation américaine, la forte reprise conjoncturelle de 2018 a suscité des craintes légitimes quant à une résurrection de l’inflation (en fin de cycle).

La montée en flèche du pétrole, ainsi que la hausse des salaires, ont ajouté à l’incertitude. Mais là aussi, les vents favorables à court terme ne seront pas suffisants pour faire disparaître les facteurs de désinflation à long terme. La hausse des attentes d’inflation à long terme au-dessus de 2%, selon les marchés des capitaux, a été de courte durée. Ex-biens concernés par les droits de douane, les prix à l’importation se sont révélés très modérés et le resteront dans le contexte de la baisse des prix des matières premières et de la vigueur du dollar américain/faiblesse du yuan. Dans le pire des cas, une imposition de 25% de toutes les importations en provenance de la Chine alimenterait un pic ponctuel des prix à la consommation (comme le ferait un changement de TVA), mais n’entraînerait pas de distorsions durables entre l’offre et la demande, ni n’aurait d’incidence sur les salaires américains.

Les États-Unis ne sortiront pas de la grande modération ces deux prochaines années

 

La Chine, plus fragile …

La dynamique de l’économie chinoise s’essouffle, comme prévu. Outre la décélération due à la transition économique, la Chine subit d’autres vents contraires. Les pressions américaines sur le commerce constituent un grave danger à moyen terme. Le grand plan d’infrastructure de la Route de la Soie connaît une résistance croissante de la part des bénéficiaires, dû aux arrière-pensées impérialistes de Beijing. Le désendettement de l’économie et des entreprises d’État empêche de relancer les investissements. Mais le Parti dispose de réserves importantes pour une importante riposte fiscale. Ce processus s’accélèrera en 2019 et 2020, lorsque se tiendront deux importants anniversaires politiques du parti communiste.

 

La Chine ne tombera pas dans la déflation corrosive / dépression
Mais les risques d’un passage en « territoire inconfortable » augmentent progressivement

 

Résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis

D’un point de vue purement économique, la cohabitation forcée est positive dans la mesure où elle élimine en partie les risques d’une détérioration effrénée du déficit américain. Néanmoins, la politique perturbatrice et anti libre-échange de l’administration Trump perdurent. La rivalité avec la Chine va au-delà du différend commercial. En fait, il existe un consensus bipartite pour endiguer la montée en puissance de la Chine, qui menace la suprématie financière, informatique et la défense des États-Unis. La trêve commerciale avec la Chine est fragile.
Des désaccords profonds avec les démocrates vont refaire surface à partir de 2019, notamment sur la sécurité sociale, les impôts et la déréglementation, etc. Cela ouvrira probablement la voie à des affrontements spectaculaires, comme la fermeture de l’administration ou le plafond de la dette. La cerise sur le gâteau pourrait bien être l’enquête de Mueller, qui, enfin, devrait faire la une très bientôt.

L’évolution de la politique américaine en 2019 restera mouvementée

 

Allocation d’actifs

Un environnement nettoyé en 2019

L’éclatement des mini-bulles spéculatives des marchés financiers s’est accéléré aux troisième et quatrième trimestres. Les stratégies short-VIX, les dettes émergentes, le bitcoin, l’immobilier anglo-saxon, les fonds long-short, la dette high yield et les grandes entreprises disruptives « negative cash-flow » ont été durement touchés. Ce processus séquentiel est sain, car il traduit le désendettement inévitable dont les marchés financiers avaient besoin après plusieurs années de surabondance de liquidités.

Les évaluations exubérantes ont été révisées à la baisse. Les attentes irrationnelles à long terme (consensus IBES pour les bénéfices des 5 prochaines années > à 16%) devaient se dégonfler, nettement. C’est en cours. Les spreads de crédit commencent progressivement à s’écarter, enfin. Cela reste une source d’inquiétude potentielle, d’autant plus que les entrées massives de capitaux des dernières années, notamment via des véhicules d’investissement passifs, risquent de ne pas trouver suffisamment de liquidité auprès de solides contreparties, en cas de nouvelle dégradation de la confiance…

La fin douloureuse de la complaisance des investisseurs – l’esprit moutonnier – est en cours

  • La croissance et l’inflation mondiales resteront favorables
  • Les moyens pour relancer l’économie manqueront
  • Aucun changement vers un régime inflationniste n’est en vue
  • La corrélation négative entre les obligations et les actions se poursuivra
  • Le cash en USD et l’or restent des amortisseurs face aux actifs risqués
  • La volatilité des marchés perdurera, dans un contexte d’ajustement résiduel des primes de risque

Surpondération

  • Liquidité

Neutre

  • Investissement alternatifs
  • Actions

Sous-pondération

  • Obligations

 

Devises

Un USD fort en 2019

Bien que la Fed ne considère plus sa politique monétaire comme accommodante, elle ne peut certainement pas être qualifiée de restrictive. Le président de la Fed et d’autres membres ont souligné les obstacles auxquels l’économie américaine pourrait faire face en 2019 : 1) un ralentissement de la demande mondiale ; 2) l’effet retardé des hausses de taux ; 3) la fin des effets des mesures de relance budgétaire ; et 4) une dette croissante. L’USD a progressé de manière généralisée en 2018 contre toutes les devises. Des hausses de taux plus modérées en 2019 par rapport à 2018 continueront de soutenir l’USD dans un environnement toujours aussi volatil.

Les risques baissiers demeurent. En termes fondamentaux, l’EUR pourrait rester vulnérable début 2019. Les indicateurs d’activité sont en baisse et le PIB allemand s’est récemment contracté. Le sentiment s’est dégradé dans de nombreuses économies, comme l’a récemment souligné le FMI. L’économie de la zone euro devrait sous-performer celle des États-Unis. La BCE tentera de relever ses taux en 2019 mais conservera malgré tout un biais très accommodant.

Les tensions commerciales mondiales, les incertitudes politiques et les marchés boursiers plus volatils ont incité les investisseurs à se réfugier sur le JPY. Les perspectives de croissance et d’inflation au Japon laissent entrevoir une politique monétaire toujours accommodante. La situation devrait perdurer en 2019.

La BNS maintiendra sa politique monétaire accommodante tout au long de l’année et n’envisagera pas de la modifier avant la BCE. L’économie s’est très bien comportée au premier semestre, mais la croissance a déjà ralenti et l’inflation reste faible. Les risques au sein de la zone euro ont soutenu la demande pour les valeurs refuges comme le CHF. Le taux de dépôt, à -0,75%, restera le taux directeur le plus bas des marchés développés. Tandis que les autres banques centrales adoptent des positions moins accommodantes, le marché des changes est susceptible de considérer la politique de la BNS comme exposée au changement. Le bilan colossal (127% du PIB) reste une source de préoccupation, principalement en raison de sa forte exposition aux actifs risqués (près de 20% en actions dont la moitié aux États-Unis) et hors du marché en CHF (94%).

La situation du Brexit reste très incertaine et, par conséquent, les perspectives de court terme sur le GBP également.
En outre, l’économie britannique sous-performera ses homologues et la BoE maintiendra ses taux inchangés jusqu’à la conclusion d’un accord vers le milieu de l’année prochaine. Ces facteurs devraient limiter peser sur le GBP.

La PBoC devrait soutenir les entreprises privées. Nous ne voyons pas une nouvelle dépréciation marquée du CNY, sauf guerre commerciale ¨totale¨. L’USD/CNY en 2018 a été largement dépendant de la force de l’USD, qui a surperformé toutes les devises. Sa tendance 2019 devrait dépendre davantage de facteurs domestiques et de la manière dont les décideurs politiques gèrent le ralentissement de la croissance chinoise.
L’objectif de la banque centrale sera de soutenir les PME et d’éviter une augmentation trop importante du chômage. Pour y parvenir, la PBoC réduira les ratios de réserves obligatoires (RRR) pour toutes les banques. La banque centrale pourrait potentiellement décider d’une dépréciation très progressive du yuan, si et seulement si la guerre commerciale reprenait.

Surpondération

  • USD

Neutre

  • EUR, CHF, JPY, AUD, EMFX

Sous-pondération

  • GBP, CAD

 

Obligations
La Fed, et son président, Jay Powell, brouillent les cartes alors que sa politique monétaire se rapproche de la neutralité. Il est presque impossible que la BoJ modifie sa politique monétaire avant que la hausse de la TVA d’octobre 2019 n’entre en action. Les regards se tourneront alors vers la BCE. 2019 sera l’année, tout du moins potentiellement , de normalisation de sa politique. Ce sera également la dernière de Draghi en tant que président.

Avant le QT de la Fed et le tapering de la BCE, la croissance de la masse monétaire était supérieure à +5%. La décélération qui a suivi, vers +4% depuis le début du resserrement, a été décevante. Les agrégats monétaires indiquent un nouveau ralentissement en 2019. La croissance de M1, un bon indicateur avancé de l’activité économique, est en baisse depuis juillet 2015. La BCE n’a pas réussi à restaurer globalement des taux positifs.

La croissance de la masse monétaire reste molle, mais suffisante pour que la BCE arrête ses achats d’actifs nets en janvier. L’attention se portera sur le timing de la 1ère hausse de taux. Toutefois, compte tenu des doutes sur la vigueur de la reprise et sur l’inflation sous-jacente, la BCE maintiendra un ton accommodant pour repousser ces anticipations à la fin de l’année. Certains membres de la BCE ont des doutes en ce qui concerne les perspectives de croissance. Ainsi, tout ralentissement pourrait remettre les opérations de TLTRO à l’ordre du jour.

Le marché des dettes privées en euros a été touché plus durement et plus rapidement que les obligations d ’État par l’annonce de la fin du QE de la BCE. Le grand réajustement a déjà débuté puisque les achats mensuels ont diminué de moitié en octobre. La fin du QE sera donc plus délicate pour les entreprises que pour les gouvernements. Alors que la BCE achetait encore 15 milliards par mois, 2,5 étaient dédiés aux obligations privées. Mais l’an prochain, lorsque les achats seront limités au réinvestissement des obligations d’état arrivant à échéance, la demande pour la dette privée diminuera.

Les données de la BCE font apparaître une moyenne mensuelle de 0,5 milliard de dettes privées arrivant à échéance dans les 12 prochains mois contre 12 milliards pour les dettes publiques. La politique de réinvestissement, que la BCE doit encore préciser, demeure incertaine.

Les réinvestissements dans la dette des entreprises en 2019 seront aux mieux limités. Les spreads se sont considérablement élargis pour la première fois depuis des années. Cette réévaluation a largement inversé la tendance de l’an dernier, qui avait conduit les taux à des points bas historiques. Les spreads ne tiennent donc plus compte de l’assouplissement quantitatif.

Le segment le plus à risque reste le high yield. Il a tiré parti des achats de la BCE, car certaines de ces obligations restent notées « investment grade » par une agence de notation. 19 milliards d’EUR figurent sur la liste des achats de la BCE. Et, il a aussi bénéficié du report de certains investisseurs dans l’univers du crédit. En fin de compte, les fondamentaux redeviendront « enfin » prioritaires . Le segment connaît déjà des sorties de capitaux massives, il ne s’agit là que d’un début. La deuxième phase corrective est imminente et devrait coïncider avec le réagencement du bilan de la BCE.

  • La reconstruction des primes de risque (terme) va se poursuivre en raison de la normalisation progressive des bilans des grandes banques centrales
  • Les marchés du crédit, particulièrement les segments les plus risqués, n’ont pas encore terminé leur ajustement et pris complètement acte de cet environnement moins porteur

Surpondération

Neutre

  • US Treasury
  • Investment Grade,
  • Hybrid/Sub,
  • Emergents devises fortes

Sous-pondération

  • Bund Allemand, Inflation
  • High Yield
  • Périphérie, Emergents en monnaies locales

 

Actions
L’année 2018 est une phase d’ajustement, corrective, avec 2 facteurs coïncidents :

  • La diminution du bilan de la Fed, réduisant les liquidités pour les actifs risqués
  • La maturité du cycle économique US, se traduisant par des pressions haussières sur les salaires et un coût du capital plus élevé, entre autres, affectant la marge d’exploitation des entreprises

Par deux fois, le début des corrections en janvier et en octobre, a été provoqué par les craintes inflationnistes aux Etats-Unis, venant de la hausse des salaires, se répercutant les taux d’intérêt. A chaque fois, des craintes exagérées, mais suffisantes pour un ajustement à la baisse des évaluations boursières. Les sociétés de croissance à hauts PE ratios (high flyers) ont évidemment été les plus pénalisées.

Puis récemment, les révisions à la baisse de la croissance des profits des entreprises pour 2019 se sont multipliées : guerre commerciale US-Chine, maturité du cycle économique US et contraction des PIB en Europe au 3ème trimestre, confirmée par les indicateurs avancés en octobre et en novembre. Les résultats du 3ème trimestre ont également validé des pressions sur les marges, incitant les analystes à revoir leurs estimations à la baisse.

Les indices boursiers corrigent lorsque les taux d’intérêt montent et/ou les bénéfices par action se contractent. Toutefois, il nous semble que le marché exagère les risques : un dérapage sur les taux d’intérêt est peu probable et nous anticipons un ralentissement de la progression des profits et non leur contraction.

Sur les 40 dernières années, 2018 a été l’année avec la 3ème plus forte contraction des PE ratios du S&P 500. En deux mois, les estimations de hausse des profits US 2019 sont passées de +11% à +9% en moyenne, avec des points bas à +7%. Selon Factset, la hausse des profits du S&P 500 va passer de 20.4% en 2018 à 8.8% en 2019 et selon Lipper Alpha de 24% à 9%. La réforme fiscale US a contribué pour 40% à la hausse des profits en 2018 ; ex-réforme fiscale, la progression s’établit à +14% . Pour l’Europe, la hausse des profits du STOXX 600 en 2019 est estimée à +9.4% contre 9.9% en 2018. On est donc encore loin d’une contraction des profits.

La guerre commerciale initiée par les Etats-Unis et la volatilité du prix du pétrole freinent les investissements. Le nationalisme et le protectionnisme rampants vont se traduire par un effet global coûteux pour les entreprises avec la nécessité de délocaliser les capacités de production et de revoir les processus d’approvisionnement par une approche locale et moins globale qui a prévalu ces 20 dernières années. L’extraterritorialité du droit américain imposée par les Etats-Unis et, au nom de la sécurité nationale, le bannissement de la technologie américaine à la Chine pourraient être des facteurs défavorables à la croissance économique mondiale et aux investissements.

En conclusion, la phase corrective des évaluations et des indices boursiers commence à intégrer le changement de régime (fin des injections abondantes de liquidités par les banques centrales) et le regonflement / la normalisation des primes de risques. Les bourses nous paraissent aujourd’hui correctement valorisées. Mais nous resterons dans un environnement volatil où la recherche de la qualité sera au coeur des investissements et les évaluations boursières devront être en ligne avec la progression des profits sur les trois prochaines années.

Allons-nous vers fin de la surperformance de la bourse américaine ?
Depuis quelques années et jusqu’en octobre 2018, la bourse américaine avait surperformé les autres bourses des pays développés grâce aux extraordinaires performances boursières des Facebook, Apple, Amazon, Alphabet et Netflix, des sociétés disruptrices qui se sont développées dans un contexte régulatoire et fiscal idéal pour elles. Aujourd’hui, leur environnement va se compliquer grandement : les gouvernements vont mettre en place une régulation contraignante sur la gestion des données privées après les scandales de Facebook et trouver des moyens pour qu’elles paient enfin des impôts à la hauteur de leurs pharamineux profits.

La guerre commerciale est une chose, la guerre technologique en est une autre. Et cette dernière va durer. Une guerre plus lourde de conséquences. Les Etats-Unis et la Chine sont les 2 seules nations à rivaliser dans la technologie pour la bataille de l’intelligence artificielle et la 5G, entre autres. La demande des Etats-Unis à leurs alliés de ne pas investir dans des équipements de télécommunication chinois pour le développement de la 5G, l’arrestation au Canada de la CFO de Huawei et le refus américain du rachat de Qualcomm par Broadcom sont des événements qui montrent que la guerre pour la technologie va être sans pitié. Le plan China 2025 est un programme qui définit les secteurs technologiques prioritaires pour le pouvoir chinois dans lesquels il entend devenir la première puissance mondiale, en particulier dans l’intelligence artificielle. Au printemps, les Américains ont presque mis en faillite ZTE, faisant réaliser à Xi Jinping que la Chine devait devenir autonome dans la technologie. Il est probable que l’indice américain de la technologie NASDAQ va connaître des années plus volatiles dans cette guerre.

L’Europe et le Japon présentent un profil plus Value. Nous pensons que la large surperformance des actions US touche à sa fin.

Surpondération

  • Suisse, Value
  • Consommation de base, Santé, Communication

Neutre

  • US, Europe, Japon
  • Chine, Emergents
  • Grandes et Petites capitalisations, Croissance
  • Consommation discrétionnaire, Industrie,
  • Financières, Technologie, Energie
  • Télécoms, Services aux collectivités

Sous-pondération

  • UK, Matériaux

 

Matières Premières
La stratégie saoudienne de faire chuter les prix du pétrole en 2014-2015 pour stopper l’expansion du gaz/huile de schiste américain a subi un échec cuisant. Les Saoudiens ont sous-estimé la capacité des sociétés pétrolières domestiques américaines à s’adapter très rapidement et à trouver des solutions techniques pour abaisser leur point -mort économique.

Entre 2014 et 2016, le nombre de plateformes de forage avait été divisé par 5 aux Etats-Unis, passant de 2’000 à 400. L’impact avait été limité, puisque la production US n’avait perdu que 1 million de barils/jour. Aujourd’hui, avec la moitié des plateformes par rapport au pic de 2014, les Etats-Unis sont devenus le 1er producteur de pétrole devant la Russie et l’Arabie saoudite.

En octobre 2018, le prix du Brent a atteint les $87 le baril et les investisseurs commençaient à fabuler sur un prix à $100 en raison des sanctions américaines sur les exportations iraniennes de pétrole. Notre conviction demeure inchangée : le prix du pétrole est politique, il y a suffisamment d’offre et les cours vont se stabiliser vers un prix « raisonnable » .

L’arrivée du pétrole américain bouleverse les marchés mondiaux et les Saoudiens ne savent plus comment gérer cette nouvelle situation. On rappellera qu’après 40 années d’embargo, le pétrole US peut être exporté depuis 2016 ; une révolution dans la politique énergétique américaine liée à l’explosion du gaz de schiste.

On a vu que faire baisser les prix ne perturbe pas la production américaine et que réduire la production de l ’OPEP et de la Russie pour soutenir les prix empêche l’Arabie saoudite et la Russie à gagner des parts de marché face aux Américains.

Nous pensons qu’un cours du Brent vers le $70-75 « arrange » tout le monde : consommateurs, producteurs non OPEP avec des points-morts autour de $40-50 (Norvège, UK ou US) et pays-producteurs dont l’équilibre de leurs budgets repose sur le prix du pétrole (Arabie saoudite, Russie en tête). Mais il est vrai que 1) la fin du monopole de fixation des prix par l’OPEP, 2) l’arrivée du pétrole US et du GNL US sur les marchés mondiaux, ainsi que 3) les nouvelles relations énergétiques entre la Russie et la Chine, pourraient annoncer la fin de l’OPEP, un scénario du « chacun pour soi », annonciateur d’un chaos baissier sur les prix. D’ailleurs, le Qatar vient de signaler sa sortie de l’OPEP.

Surpondération

  • Energie

Neutre

  • Métaux précieux
  • Métaux industriels
  • Immobilier
  • Hedge Funds

Sous-pondération

  • Matières agricoles

 

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