PLEION SA - Gestion De Fortune

Revue Stratégique Annuelle

RETROSPECTIVE

Une année exceptionnelle pour les marchés financiers malgré des risques croissants

Les bourses ont progressé en moyenne de 27% en 2019, les indices obligataires entre 7% et 14% et l’or de 15% malgré un environnement difficile :

  • Montée en puissance du nationalisme et du protectionnisme.
  • Un monde multipolaire avec des dirigeants durs, Trump, Erdogan, Putin, Xi Jinping et Bolsonaro.
  • Une OMC et un OTAN, en état de mort cérébrale.
  • Des tensions militaires avec l’Iran et la Corée du Nord.
  • La guerre commerciale et technologique des Etats-Unis envers ses partenaires.
  • L’inversion de la courbe des taux d’intérêt, signal d’une récession prochaine.
  • L’accélération de l’extraterritorialité des lois américaines.
  • La difficile sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Cependant, le volte-face de la Réserve fédérale américaine avec trois baisses des Fed Funds en juillet, septembre et octobre 2019 et d’importantes injections de liquidités, ainsi que la stabilisation/amélioration des indicateurs manufacturiers, ont permis aux marchés financiers, et aux actifs risqués en particulier, d’enregistrer de belles performances en 2019. La Fed a été fortement sous pression de la part de Donald Trump qui voulait une rapide et importante baisse des Fed Funds, mettant en question l’indépendance de la Réserve fédérale américaine.

Performances des principales classes

La bourse apprécie Donald Trump

Le S&P 500 a progressé de plus de 50% depuis que le président américain a été élu, soit plus du double de la moyenne de 23% des autres présidents après 3 années d’exercice. L’indice a augmenté de 28% en 2019, bien au-dessus de la moyenne des 12.8% de l’année 3 pour les autres présidents. Si l’histoire est un guide, depuis la Seconde guerre mondiale, l’année 4 devrait être positive avec une probabilité de 78% pour une hausse moyenne de 6.3%.

La bourse a apprécié la résilience de la consommation des ménages et un taux de chômage à 3.5% aux Etats-Unis, le niveau le plus bas depuis 1969. Au 4ème trimestre 2019, la courbe des taux d’intérêt s’est normalisée, éloignant le risque de récession; d’ailleurs, selon le modèle de la Fed, la probabilité d’une récession aux Etats-Unis est passée de 40% à 20%. Les indicateurs manufacturiers dans les pays développés sont entrés dans une zone de contraction sévère, mais la composante industrielle ne compte que pour 12% du PIB. La bourse américaine a encore profité de la réforme fiscale implémentée en 2018 et de ses effets sur les importants programmes de rachats d’actions, qui influencent positivement les bénéfices par actions.

En 2019, l’évolution des indices boursiers s’est faite en 3 phases :

  • De janvier à avril. Rallye des actions et des obligations, après l’exagération baissière au 4ème trimestre 2018. La Fed adopte un ton accommodant.
  • De mai à août. Retour de la volatilité sur les marchés financiers. Inversion de la courbe des taux. La guerre commerciale s’intensifie et la guerre technologique commence. Donald Trump menace de lancer une guerre financière contre la Chine. Chute des taux d’intérêt : les investisseurs craignent une récession.
  • De septembre à décembre. Puissant rallye des actions grâce aux injections de liquidités de la Fed et la diminution des craintes de récession. Les taux d’intérêt remontent (modéremment).

 

Volte-face des banques centrales

En décembre, la Fed a annoncé qu’elle ne montera pas son taux de référence en 2020. Après une politique monétaire restrictive en 2017 et 2018, elle se rend compte que la sortie d’une politique accommodante est critique. Afin d’éviter un choc obligataire, la Fed restera très prudente. La nouvelle patronne de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a tenu un discours optimiste sur l’état de l’économie et a incité l’Union européenne à lancer des programmes d’infrastructure, verts notamment, pour prendre le relais aux politiques monétaires accommodantes jugées inefficaces à relancer la croissance économique.

 

Un bull market toujours mal aimé

2019 a confirmé une nouvelle fois que ce bull market de 10 ans d’âge reste mal aimé. Les performances positives des actions ne doivent pas cachées la prudence des investisseurs avec une pondération en liquidités historiquement élevée et des sorties nettes des fonds et ETFs investis en actions américaines de $156 milliards en 2019 au profit des fonds obligataires et monétaires. La principale préoccupation des investisseurs était la guerre commerciale US-Chine, pouvant se traduire par une récession globale en 2020.

 

Brexit, l’histoire sans fin

Après de multiples renvois de la date de sortie de l’Union européenne, faute d’accord au Parlement anglais sur le Brexit, Boris Johnson a dû organiser des élections générales, qu’il a largement gagné, renforçant sa position tant au Parlement que vis-à-vis de la Commission européenne. BoJo veut sortir à fin janvier 2020, mais le processus de sortie sera encore long, car s’il existe un accord, il faut encore définir les modalités de la sortie.

 

STRATEGIE ET MACRO

Allocation d’actifs : Les marchés ignorent les déconnexions

  • Géopolitique: plusieurs échéances approchent
  • Fed: un chevalier blanc – temporairement – puissant
  • Environnement Macro: quelques jeunes pousses…
  • …mais le thème de la reflation est prématuré
  • Devises: état de mort cérébrale, à tout jamais?
  • Actifs risqués: tous ne sont pas si bien orientés

Les sagas des négociations commerciales américano-chinoises et du Brexit semblent ne plus effrayer les marchés. Dans les deux cas, le pire des scénarios a été évité. Tout développement concret nécessitera un certain temps pour aboutir à des résultats, peut-être au-delà de 2020. Même si les chances de destitution de Trump sont faibles, le paysage politique américain devient de plus en plus corrosif, illisible.

Des injections massives de liquidités par la Fed, essentiellement liées à l’assèchement du marché des ¨repo¨ ont réussi à inverser le négativisme du T3 19. La répression financière se poursuivra jusqu’à ce que les risques de récession se dissipent complètement. Mais la normalisation de la politique monétaire, espérée depuis longtemps devra attendre qu’une véritable reflation se matérialise. Il faudra un mélange très inhabituel de mesures fiscales et monétaires, extrêmes, pour y parvenir. Un tel processus, probablement non-coordonné au niveau international, rétablirait des taux d’intérêt réels positifs, mais également la volatilité de nombreux actifs.

Les matières premières ne partagent pas l’optimisme des actions. Les actions cycliques, émergentes et les secteurs profondément cycliques ne confirment pas une prochaine reflation. Idem pour les obligations à long terme du Trésor américain et le franc suisse.

 

PERSPECTIVES MACRO

Stagnation séculaire, encore et toujours…?

Pour paraphraser Larry Summers, le monde est en proie à une stagnation séculaire et souffre d’un «trou noir» de la politique monétaire. Pour lui, cette stagnation séculaire empêchera le retour des taux directeurs en territoire positif en Europe et au Japon. Les États-Unis n’échapperont pas aux taux directeurs négatifs après leur prochaine récession. Les chances d’une reprise cyclique significative au cours des deux prochaines années sont faibles, en raison de l’impasse politique inévitable liée à la destitution et aux élections présidentielles.

Les tabous à long terme disparaissent progressivement en Europe. De nouveaux débats se multiplient parmi les principaux décideurs sur des sujets litigieux comme les obligations vertes, les façons nouvelles / différentes de mutualiser les risques (euro-obligations). Le vieux continent s’oriente même apparemment vers l’adoption du « financement monétaire » (c’est-à-dire le financement direct par la banque centrale de la dette publique). Il s’agit d’une option politique séduisante lorsque la demande est chroniquement déficiente. Mais une monétisation réussie de la dette nécessite une coopération active entre une relance fiscale (de forte amplitude) et une banque centrale disciplinée (moins indépendante).

C’est une chose que de définir une nouvelle stratégie / direction, mais c’en est une autre de la mettre en oeuvre en Europe, compte tenu de son énorme inertie politique. Espérons qu’il ne faudra pas un Brexit dur / la faillite systémiques de banques / voire des mesures protectionnistes très agressives de Trump pour que l’Europe remodèle fondamentalement sa politique économique.

Les risques d’une récession américaine en 2020 ont récemment diminué, grâce à une Fed hyperactive et à des conditions financières très soutenantes. Au mieux, la croissance approchera du potentiel (<2%)

Finalement, l’état d’esprit change pour le meilleur en Europe. Mais le temps presse vraiment

La morosité est contenue… pour l’instant

Les tensions commerciales ont provoqué le ralentissement manufacturier. Le commerce mondial a irrémédiablement ralenti au cours des deux dernières années, à la suite du déclenchement de la politique protectionniste des États-Unis et de ses développements collatéraux ultérieurs. En effet, dans une première phase, les représailles sont venues de Chine et dans une mesure limitée d’Europe. Les effets du second tour sont visibles maintenant, le Japon et la Corée du Sud s’engageant également dans un conflit commercial bilatéral et les États-Unis menacent le Brésil et l’Argentine, etc.

Les chaînes de montage « globales » ont été délocalisées à très grande échelle en Asie – essentiellement en Chine – pendant la grande accélération de la mondialisation. L’intégration a augmenté progressivement, la Chine gravissant l’échelle de la valeur ajoutée. Les chaînes dans le secteur Tech – dont le cycle est long – n’ont pas encore été démantelées. Il n’empêche qu’une partie du volume des produits anciennement fabriqués en Chine commence à se détourner vers le Vietnam, la Thaïlande, l’Indonésie, etc. Parmi les mouvements symboliques des entreprises, Nintendo, Sharp, Ricoh l’ont fait tandis que Google, sinon Apple envisagent de fabriquer leurs smartphones ailleurs. Le rapatriement de la fabrication et des emplois – vers les États-Unis – n’est qu’une l’illusion des politiciens américains.

Il n’empêche que les nouveaux projets d’investissement sont suspendus. En un mot, l’incertitude mondiale, les nouvelles réglementations et les disruptions technologiques continueront de pénaliser les investissements actuels et futurs des entreprises.

La question clé est de savoir si une transmission de la morosité du commerce mondial et du secteur manufacturier, vers les services et la consommation, se produira ou non? Si l’histoire se répète, la probabilité que cela se produise est significative. Mais dans la plupart des cas, c’était dû soit à des surcapacités, soit à des déséquilibres macro-économiques qui n’existent pas actuellement.

Dans les circonstances actuelles, seul un processus de contagion lent pourrait se produire à travers a) une intensification des tarifs et barrières commerciaux b) des licenciements massifs. Hormis des situations très spécifiques (voitures allemandes, conséquences du Brexit), cela semble peu probable à priori.

Les chances d’une reprise significative en 2020 du commerce mondial / des investissements / de l’industrie manufacturière sont faibles

La consommation devrait rester relativement résiliente

 

La transition en Chine est bien engagée, mais loin d’être achevée

L’intégration de la Chine à l’OMC en 2001 a accéléré le déclin de son secteur primaire (agriculture). L’accélération de la mondialisation qui en a résulté a aidé la Chine à décoller, l’immobilier / les industries lourdes / la fabrication et les services en profitant essentiellement. Les services sont désormais devenus importants, notamment en termes de nombre d’employés. Cette expansion a été largement financée par le crédit. D’une part, le profil de l’économie est théoriquement moins cyclique, donc plus résistant. En revanche, l’effet de levier excessif la rend plus fragile.

 

DEVISES

Faible volatilité sur les devises

Cette année, la principale surprise est venue du très faible niveau de volatilité sur les devises. L’anomalie est que les diverses sources de risque, le conflit commercial ou le Brexit, auraient dû entraîner un regain de volatilité. Néanmoins, les principales devises sont restées confinées dans des fourchettes étroites. Pourquoi est-ce arrivé et, plus important est-ce durable ? Un facteur clé derrière cette réduction de la volatilité a été le redémarrage inattendu de l’injection de liquidités par les banques centrales dans un environnement déjà très accommodant.

L’abondance de liquidité a poussé les taux à la baisse et dans une moindre mesure à réduire la prise de risques sur le marché des changes, ce qui a réduit le besoin de protection et donc la demande de volatilité. Ce phénomène a tendance à être autoréalisant : une faible volatilité conduit à une faible volatilité implicite ce qui implique des devises stables. Cela n’incite pas à acheter de la couverture, même si elle est bon marché. Les cycles économiques ont tendance à être semblables. Par conséquent, les politiques monétaires dans le monde ont tendance à être similaires, accommodantes et synchronisées. Cela explique l’absence de grandes tendances.

 

Une faible volatilité favorise les opérations de portage

La Fed a prématurément et brusquement inversé son resserrement quantitatif – en raison des tensions sur les marchés monétaires. Le bilan de la BoJ continue de croître et la BCE a relancé son programme de QE. Après une contraction de leurs bilans de 600 milliards depuis 2018, les bilans des banques centrales du G3 pourraient croître de 1000 milliards d’ici fin 2020. Ainsi, les arguments pour une reprise de la volatilité avec le retrait des liquidités se sont évaporés, réduisant les chances de hausse du JPY et CHF. En règle générale, une faible volatilité soutient les stratégies de portage – suggérant une demande soutenue pour les devises à haut rendement – aux dépens de l’Europe.

Les devises émergentes ont bien performé cette année. Dans un contexte de baisse des volumes d’échanges commerciaux et de la croissance mondiale. Si le commerce et la croissance se stabilisent ou s’améliorent l’an prochain, ces devises devraient offrir une meilleure performance, la composante portage étant généralement accompagnée par une appréciation des monnaies. Cependant, si les facteurs négatifs à l’USD sont limités, l’appréciation des devises EM ne devrait pas être exceptionnelle. Le portage restera un élément clé de la performance.

 

A la recherche des sous-valorisations

Au sein du G10, il existe une nette divergence entre la valorisation de l’USD, des devises européennes à faible rendement (EUR, GBP, CHF) et des devises procycliques (NOK, CAD, AUD, NZD). La seule exception reste le JPY. Toutes les monnaies procycliques affichent un écart de production neutre à positif et une inflation proche de l’objectif. C’est un élément positif ; ces banques centrales devraient être moins sujettes à un nouvel assouplissement. Ces devises offrent toujours des rendements relativement bons, ce qui rend les monnaies procycliques attrayantes. La plupart des monnaies émergentes sont bon marché contre l’USD en termes réels.

 

 

OBLIGATIONS

Les stimuli sont déjà bien en place

Des signes un peu plus positifs dans les négociations commerciales, une faible probabilité d’un no-deal Brexit et d’une récession ont contribué à la hausse des taux. Dans l’ensemble, les banques centrales ont été moins accommodantes qu’attendu par le marché, ce qui fait monter les taux longs. La Fed a abaissé par 3 fois ses Fed Funds et est en pause. Il existe encore une chance pour une autre dernière baisse. La BCE a abaissé son taux de dépôt à -0,5% et a relancé son QE. Les membres de la BCE sont divisés sur les effets de nouvelles mesures de relance monétaire. La BCE est également en pause. Les investisseurs attendaient davantage des principaux banquiers centraux. De nouvelles mesures de relance sont peu probables. Les anticipations de nouvelles baisses de taux devraient rester limitées.

 

L’inflation ne proviendra pas seulement de l’effet de base

Alors que l’indice d’inflation globale aux États-Unis a surpris à la hausse en octobre, la composante coeur a faibli. Les effets de base en 2020 devraient entraîner son rebond. Les investisseurs ne s’en préoccupent pas encore, les tarifs n’ayant pas fait monter les prix. L’inflation en zone euro devrait avoir atteint son point bas, l’effet de base de la baisse des prix de l’énergie devrait s’estomper.

Après une décennie de relance monétaire, y compris par des achats d’actifs et/ou des taux d’intérêt nuls ou négatifs, les banquiers centraux n’ont pas réussi à relancer l’inflation. Ils parlent de plus en plus de modifier leurs objectifs d’inflation. À moyen terme, cela aurait l’avantage de supprimer toute pression et d’éviter un resserrement monétaire à la moindre hausse des prix. Idéalement, cela stimulerait également les anticipations – un facteur critique pour générer une inflation – en créant une marge de manoeuvre. Une autre solution pourrait être de revoir le panier d’inflation. Par exemple, la BCE reconnaît que l’indice harmonisé de l’UE – selon les contributions des 19 États membres – sous-pondère considérablement les coûts du logement.

 

Conditions mitigées pour les obligations privées

Les taux de défaut sont à leur plus bas historique, les entreprises ont une bonne couverture des intérêts mais un effet de levier plus élevé. Durant cette période prolongée de taux bas, de nombreuses sociétés ont rallongé la maturité de leur dette et ainsi réduit la charge d’intérêt, ce qui est positif. Par contre, le refinancement ne sera pas aisé. Le ¨mur¨ des remboursements atteindra son apogée ces 2 prochaines années. Les taux de défaut devraient augmenter depuis leurs niveaux actuels (2,6%) à 3,6% en 2020, compte tenu de la part croissante des entreprises dont les perspectives sont négatives. Même si les conditions financières mondiales restent favorables, les banques ont commencé à resserrer leurs conditions d’octroi de lignes de crédit. Habituellement, il s’agit d’un indicateur avancé de l’élargissement des spreads de crédit.

En raison de l’environnement de taux bas, de nombreux investisseurs privilégient les obligations d’entreprises plus sûres. La demande accrue d’obligations de qualité supérieure, conjuguée aux achats de la BCE demeure acheteuse, devrait soutenir ces obligations. En outre, de nombreuses entreprises mentionnent déjà qu’elles feront tout ce qui est nécessaire pour éviter des dégradations dans la catégorie junk.

 

Les obligations émergentes ou le meilleur des 2 mondes

Des finances publiques plus stables, en termes de meilleurs balances courantes et d’inflation, ont réduit la vulnérabilité financière de nombreux pays émergents. Malgré de nombreuses baisses de taux d’intérêt en 2019, les taux restent nettement supérieurs à ceux des marchés développés, ce qui permet d’espérer de meilleurs rendements. Les perspectives de nouvelles baisses de taux sur plusieurs marchés devraient entraîner une hausse du prix des obligations. Les mesures de relance des banques centrales devraient être bénéfiques aux actifs émergents pendant un certain temps encore. Les risques demeurent le risque politique, le protectionnisme et l’aversion potentielle des investisseurs. L’incertitude sur les devises émergentes est à la fois un risque et une opportunité.

 

ACTIONS

Le lien à (très) long terme entre les marchés boursiers et les bénéfices des entreprises est bien documenté. À court et à moyen terme, cependant, il est loin d’être stable. En effet, par exemple, 2018 a été un (très) bon millésime pour les bénéfices à l’échelle mondiale, qui s’est traduit par des performances médiocres des marchés, tandis que 2019 se révélera décevant sur le plan des bénéfices, mais somptueux en termes de cours des actions. Cette déconnexion apparente provient de plusieurs facteurs. À savoir l’évolution du facteur d’actualisation des revenus, c’est-à-dire le niveau et la tendance des taux d’intérêt (à long terme et directeurs). Et plusieurs autres facteurs – plus imprévisibles – peuvent également jouer un rôle temporaire important, comme l’appétit pour le risque des investisseurs, les flux de capitaux, la réglementation, la géopolitique, etc.

La répression financière – sans fin – des pays développés ajoute aux facteurs classiques de distorsion. Cela rend les prévisions particulièrement difficiles. Dans ce contexte particulier, les actions sont récemment devenues l’actif de référence (par défaut) pour de nombreux investisseurs, y compris naturellement ceux qui sont averses au risque. En simplifiant à l’excès, quel PE ratio les investisseurs sont-ils prêts à payer, lorsque le «PE ratio» des obligations souveraines longues est devenu aussi élevé, soit 50x pour l’indice de référence américain 10 ans (coincé en dessous de 2%)? Dans un tel contexte, les dividendes (et leur croissance) remplissent une fonction de substitution. Ils remplacent progressivement l’absence de cash-flows positifs des actifs obligataires.

Cela pourrait en théorie durer quelque temps dans un marché des capitaux où les emprunteurs sont payés par les prêteurs pour parquer / accueillir leur argent. Mais pour combien de temps? Est-ce réellement sain (non) et durable (qui sait) ?

 

Perspectives macroéconomiques bénignes

La tendance des bénéfices à long terme reste tributaire de l’évolution de la croissance nominale. Le déclin incessant du rythme d’expansion observé au cours de la dernière décennie se poursuivra, sinon se renforcera au cours des deux prochaines années. Ce «régime de stagnation» devrait en fait délivrer en 2020 et 2021 un taux de croissance nominal d’environ 4% dans la zone OCDE (US 4,2%, zone EUR 2,7%, Chine 7,7%, Japon 1,7%). Par conséquent, tout comme en 2019, la contribution directe du facteur macro aux bénéfices mondiaux des entreprises devrait rester modérée (comme en 2019 plutôt qu’en 2018). Il existe deux «jokers» que les entreprises peuvent utiliser pour gonfler leur EPS: les marges et les rachats d’actions (buybacks).

En ce qui concerne les marges, leur niveau actuel est très élevé aux États-Unis par rapport aux cycles précédents. C’est encore plus le cas par rapport au plus large éventail d’entreprises américaines, c’est-à-dire les ¨NIPA¨, qui comprennent les petites entreprises et les sociétés non cotées. Les marges sont moins tendues en Europe, au Japon et sur les marchés émergents, où un rebond de la croissance cyclique pourrait contribuer à restaurer une rentabilité plus élevée.

Les rachats d’actions ont été très importants pour alimenter la croissance des BPA aux États-Unis au cours des dernières années, grâce à a) la réforme fiscale de 2017/8 et b) des conditions financières extrêmement accommodantes (spreads très serrés utilisés par les directeurs financiers pour optimiser le passif de leur bilan à bon marché) . Cette tendance, bien qu’elle semble ralentir, restera favorable à la croissance des BPA en 2019. Cela pourrait changer en 2020 si les démocrates – à savoir E. Warren – étaient élus. Une hausse des taux d’intérêt ou des spreads (avec une expansion trop forte ou trop faible) peuvent aussi modifier la donne…

Le paysage macro tiède ne pourra pas donner de forte impulsion aux bénéfices des entreprises

 

Attentes de revenus et flux de capitaux

Après une courte période d’irrationalité, les investisseurs à long terme ont normalisé, sainement, leurs attentes séculaires de croissance des bénéfices. En effet, l’enquête (IBES) sur les attentes structurelles (à 5 ans) avait atteint un niveau alarmant d’environ 18%. Cette analyse est intéressante, car elle met en évidence la psychologie (et la propension à prendre des risques) des fonds de pension, des assureurs-vie, etc. Un tel niveau stratosphérique a en fait alimenté de très nombreuses entrées de capitaux institutionnels en actions entre S2 2017 jusqu’à fin 2018. Surprise, surprise, cette complaisance a coïncidé avec des performances inférieures à la moyenne de l’indice américain S&P (beaucoup de girations avec un début de période autour de 2’400 points, et un niveau similaire à la fin)! La bonne nouvelle est que ce thermomètre n’annonce plus la surchauffe. Il s’est en fait rapidement normalisé au premier semestre 2019.

Source: BofA Merrill Lynch Global Investment Strategy

Les flux sortants en actions dans les ETF et les fonds communs de placement viennent à peine de s’inverser en octobre dernier. Les investisseurs institutionnels à long terme avaient préalablement réduit leurs risques au S1 19. C’est une source de réconfort, confirmant l’idée qu’une énorme manne de liquidités attend de revenir sur le marché. Cette prudence récente est également valable pour les investisseurs particuliers / privés. Ils ont fui les actions après les deux / trois corrections survenues depuis début 2018. Ce bull market serait-il particulièrement «mal aimé» !? Les investisseurs très sophistiqués, comme les Hedge Funds / CTA, ont sensiblement augmenté leur exposition ces derniers mois. Ces investisseurs très agiles ont également tendance à profiter des tendances haussières pour vendre des produits liés à la volatilité (VIX). Ce signe dissonant de spéculation / exubérance contredit la prudence des autres investisseurs. Il est souvent annonciateur de corrections à court terme sans avoir pour autant d’impact sur la tendance principale des marchés.

 

Les bourses émergentes ont souffert du protectionnisme américain

Sans aucun doute, les actions émergentes souffrent du recul du commerce mondial en volume en raison de la nouvelle politique commerciale protectionniste américaine et de la force du dollar. La sous-performance s’est accentuée en mai 2019 avec le début de la guerre technologique de Donald Trump contre la Chine. La prochaine guerre, sera-t-elle financière ?

Le MSCI Emergents sous-performe le MSCI Monde, lorsque le dollar est fort. Si les indicateurs manufacturiers confirment leur redressement, la zone émergente pourrait rattraper son retard. Le décalage de performances et les évaluations boursières relativement favorables devraient permettre aux actions émergentes de résister à une hausse de la volatilité. Au T4 2018, le MSCI Emergents avait beaucoup moins corrigé que le MSCI Monde.

 

OR

Les banques centrales émergentes vont rester structurellement acheteuses d’or

La dédollarisation et l’importance croissante de l’Asie, et la Chine comme pivot, dans le commerce mondial poussent les banques centrales à acheter de l’or au détriment du dollar. Le potentiel d’attractivité de l’or est d’autant plus important que l’or ne compte que pour 3% des réserves étrangères de la banque centrale de Chine, contre 20% en Russie, 20% en Turquie, 7% en Inde. Un simple doublement de la détention d’or par la Chine représenterait près de la moitié de l’offre annuelle.

 

PETROLE

En 2019, le prix moyen du pétrole est de 14% inférieur à celui de 2018, la faute à une hausse moins forte de la demande et à la forte augmentation de la production américaine qui se situe à 12.9 millions de barils/jour (+10% en 2019). Avec la poursuite de l’accord de gel de la production au sein de l’OPEP+, l’Arabie saoudite cherche absolument à soutenir les prix. Dans le pari reflationniste actuel joué par les investisseurs, les anticipations d’une accélération de la demande de pétrole pourraient resurgir et pousser les prix à la hausse.

Il pourrait y avoir un resserrement de l’offre si la production américaine décélère compte tenu du recul du nombre de plateformes de forage pétrolières observé aux Etats-Unis. Cependant, sur la production, les progrès d’efficacité compensent en partie la baisse du nombre de plateformes.

 

Allocation Actifs

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